La sexualité, c'est compliqué
: partager nos expériences est important.

Derniers billets
Pages
Compteurs
|
La première "Pute Pride" débarque en France
Pour faire entendre leurs revendications, des prostituées défilent le 18 mars, trois ans jour pour jour après l’adoption de la loi Sarkozy contre le racolage. S’telle s’entretient avec Maîtresse Nikita du groupe "Les Putes" à l’origine de cette première édition de la "Pute Pride".
Quand s’est formée votre association "Les putes" ?
Notre groupe activiste s’est constitué suite à la conférence européenne des sex-workers de Bruxelles qui a eu lieu du 15 au 17 octobre 2005, réunissant plus de 300 travailleurs et travailleuses du sexe. Là nous avons pu échanger nos expériences et nous sommes revenues avec la conviction de devoir adopter une démarche activiste pour faire reconnaître notre métier et nos droits humains. Composé d’une quinzaine de putes, femmes et transpédégouines, notre groupe entend lutter contre la "putophobie". Mais avec le soutien de nombreuses associations de prostitués, nous serons beaucoup plus nombreuses pour la première "Pute Pride".
Pourquoi avoir organiser une telle manifestation ?
D’abord pour obtenir l’abrogation de la loi Sarkozy sur l’instauration de la pénalisation du racolage passif. L’article L 50 de la loi de Sécurité Intérieure fait de nous des délinquantes encourant des peines de 3 750 euros d’amende et de deux mois de prison ainsi qu’une expulsion du territoire pour les étrangères. Depuis le vote de cette loi, les abus policiers se multiplient : contrôles d’identité, confiscation de préservatifs, arrestations, gardes à vue, violences verbales et physiques mais aussi racket et viols sont de plus en plus courants. Par peur de tomber sous le coup de la loi, les filles ont quitté le bois et les rues pour des zones plus éloignées et moins sûres… Au lieu de les combattre, cette loi a favorisé les trafics, le proxénétisme et les réseaux.
Vous tenez également à vous éloigner du statut de victimes ?
Le slogan de cette première manifestation sera ainsi "Ni victimes, ni coupables – fières d’être putes". Si certaines d’entre nous n’ont pas choisi de faire ce métier, la grande majorité l’exerce de son plein gré. Ainsi, nous luttons contre les abolitionnistes, qui limitent leur discours à Pute=proxénétisme=esclave… Je ne nie pas qu’il y a des problèmes (des réseaux de proxénétisme, des esclaves du sexe) contre lesquels il faut lutter mais réduire la prostitution à ces extrémités barbares est une erreur. Au-delà des filles qui veulent sortir de la prostitution, de très nombreuses veulent y rester et exercer leur travail dans les meilleures conditions. Nous demandons la légitimation de la prostitution en France, et la reconnaissance de nos droits sociaux et l’égalité des droits avec les autres travailleurs.
Que répondez-vous aux féministes qui juge la prostitution comme incompatible avec la dignité humaine ?
Nous distinguons deux courants féministes. Aujourd’hui, le courant médiatiquement dominant assimile les prostitués à des victimes, quitte à s’allier avec des catholiques intégristes. Pour elles, nous n’avons pas l’image de LA bonne féministe. Pourtant, nous luttons nous-aussi contre toutes les formes de sexisme. La reconnaissance des violences sexuelles que nous subissons passe aussi par la reconnaissance de nos vies, de nos identités et donc de notre travail.
Commentaires
Ajouter un commentaire
[ Page précédente |
Page suivante ]
|